La recherche scientifique dans le comportement animal
(l’éthologie) ne prétend pas connaître tous les tenants et aboutissants des
émotions animales. Mais différentes expériences et recherches très sérieuses
nous permettent de mieux cerner le monde de leurs émotions, qui est très
différent de celui de l’homme, ce qu’il peut être difficile d’admettre parfois.
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L’aimer, c’est l’accepter pour ce qu’il est |
Lorsque l’on partage sa vie avec un animal, on tisse bien
souvent des liens très forts de type amicaux, filiaux, familiaux. Il est devient
donc presque impossible de rester objectif quant il s’agit de dire ce qu’il
pense ou ce qu’il ressent. Comment ne pas attribuer des sentiments humains à
notre compagnon de vie, notre « enfant », notre « ami » qu’est ce chien ou ce
chat.
Les émotions ont un rôle capital à jouer dans la vie des
êtres vivants. Chez les animaux, les émotions ont pour but de permettre la
survie et de s’adapter. Derrière chaque émotion ressentie par un animal, il y a
un sens immédiat, une utilité objective. La peur par exemple permet de fuir le
danger ou toute situation dangereuse qui ne serait pas bénéfique pour la survie.
Ce qui différencie d’ailleurs l’animal de l’homme est entre autre la capacité de
l’humain à ressentir des émotions qui ne lui sont d’aucune utilité : la haine
par exemple. Ces émotions viennent de l’ego, de l’amour propre que
n’ont pas les animaux (si, si, c’est pourtant vrai jusqu’à preuve du
contraire…). Ainsi, la jalousie, la susceptibilité, l’avidité, l’esprit de
vengeance, la rancune, la compassion, la pitié, la mesquinerie, la déception, la
manipulation…sont autant de sentiments proprement humaines.

Aimer son animal, c’est donc accepter qu’il ne ressente pas
toutes ces émotions humaines.
Mais alors quelles émotions l’animal est-il capable de
ressentir ?
Les éthologues sont tous d’accord pour considérer que les
grands mammifères (grands singes, chats, chiens, chevaux, dauphins, éléphants
etc…) ressentent la joie ou le bonheur, la colère, la peur et la frustration
(ainsi que les émotions secondaires qui en découlent). D’autres émotions font
l’objet de recherches, et il n’est pas impossible de croire que nos animaux
peuvent ressentir de la tristesse par exemple. L’attachement à un individu est
également un phénomène reconnu chez les animaux.
La colère est un état violent qui résulte du sentiment
d’avoir été agressé, offensé. On ne peut pas offenser ou vexer un animal
(sentiment typiquement humain), mais il peut se sentir agressé, notamment quand
ses besoins vitaux sont menacés : son territoire, son partenaire sexuel, sa
nourriture, son sommeil, son être d’attachement, sa vie. C’est pour cela que
chez lui, la colère se traduira par de l’agressivité. C’est sa survie qui est en
jeu !
Une fois que l’agression est terminé, l’animal n’y pense
plus. Pas de rancune chez l’animal ! Lorsque votre chien détruit tout en notre
absence, on pense généralement que c’est parce qu’il nous en veut de
l’avoir laissé seul et qu’il se venge. Que né ni ! C’et bien souvent
la peur et l’inquiétude d’être seul alors qu’il n’y est pas habitué
qui déclenche cela. Ce n’est pas une vengeance organisée !
La méchanceté n’est pas une émotion animale (les humains
ont ce triste privilège), et un animal ne fait jamais rien envers un individu
sans raison valable. Il ne deviendra agressif par exemple que si sa survie est
en jeu. Il arrive que notre cheval morde quelqu’un sans raison apparente. Mais
ce n’est parce que nous ne comprenons pas sur le coup pourquoi il a fait ça que
nous pouvons pour autant en déduire que c’était un acte gratuit ! Il y a
toujours une raison valable.
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La gentillesse, la solidarité.
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Même chose pour la gentillesse : elle n’existe à priori pas
chez les animaux. Ce qui ne veut pas dire que les animaux ne font rien pour leur
congénères ou leur propriétaires. Au contraire, souvent, les animaux sont
solidaires entre eux, mais c’est parce que la survie du groupe ou de la famille
(et donc leur propre survie) en dépend. Il n’est pas question de
gentillesse…« Tous pour un, un pour tous » est la clé de survie de nombreuses
espèces animales sociales (qui ne peuvent pas survivre sans le groupe).

Par exemple, les éléphants sont réputés pour leur
solidarité. Si on attaque un de leur congénère, toute la troupe peut se mettre à
charger pour défendre celui qui est en danger.
Autre exemple : votre chat vient vous voir quand vous êtes
triste. Vous pensez qu’il le fait par gentillesse à votre égard. Pourtant, il le
fait surtout pour renforcer vos liens. Il faut toujours garder à l’esprit qu’il
y gagne quelque chose pour sa survie ! Plus il est affectueux avec vous, plus
vous voudrez le gardez auprès de vous, le nourrir et le protéger !
Il reste un doute en ce qui concerne les chimpanzés et
certains grands singes. Il semblerait qu’ils soient capables vrai actes de
gentillesse, sans rien en gagner en retour…cela reste à creuser.
La peur, nous l’avons vu, est une émotion clé qui
permet directement à l’animal de survivre. Si son utilité immédiate est
indéniable en cas de danger (elle déclenche la fuite), elle peut cependant
devenir « pathologique ». En effet, si ce fait peur est là en permanence et que
l’animal ne peut y échapper, alors l’émotion s’installe pour devenir névrotique
et pathologique : c’est l’anxiété. Cette émotion n’est pas fréquente dans
la nature, car bien souvent l’animal a la possibilité de s’enfuir et de se
mettre à l’abri. C’est un phénomène qui est malheureusement directement lié à
ses nouvelles conditions de vie : dans nos maisons et appartements, sans
possibilité de fuir, ce qui est angoissant.

Un animal qui a eu très peur peut faire ses besoins sur
place, rester tétanisé, faire un état de choc ou même une crise cardiaque ! Cela
est fréquent chez les rongeurs en cage (hamsters, souris, cochon dindes). Plus
l’animal est petit, plus le cœur bas vite !
Quand un chien vous accueille à votre retour et qu’il bat
de la queue et se jette sur vous, ou bien lorsque votre chat ronronne en
recevant vos caresses, on ne peut douter qu’il ressent de la joie. Mais quelle
est l’utilité de cette émotion ? C’est très simple : ce qui agréable et procure
du bien-être est bon pour la survie, car cela ne représente pas un danger. Ce
qui représente un mal-être en revanche peut enclaver le bon fonctionnement de la
survie, et est donc évité.
Un bémol cependant : il arrive que l’on prenne pour du
bien-être ce qui n’en est pas du tout.
Le sourire chez le chimpanzé indique sa colère, et non pas
qu’il est content ! Il vaut mieux dans ce cas baisser les yeux et éviter son
regard, l’agression n’est pas loin !

Autre confusion : un cheval est mis dans un espace clos et
on lui fait faire des exercices avec le fouet. Directement après l’exercice, il
vient se coller à nous. Mais ce n’est pas parce que cela lui a plu. Cela l’a
beaucoup angoissé, et son premier réflexe est de se rapprocher d’un individu
pour être rassuré. Il est alors très loin d’être heureux !
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La frustration, la tristesse |
La frustration est une émotion directement liée à la
subsistance. L’animal a des besoins (manger, dormir, se reproduire, se dépenser,
garder sa place au sein du groupe…). Quand on l’empêche de les assouvir, sa
santé physique et mentale risque d’être affectée, et cela déclenche de la
frustration.
C’est une émotion très forte, qui peut entraîner des
réactions violentes ou/et surprenantes. Bien des enfants se font mordre par des
chiens après leur avoir mis sous le nez un gâteau sans leur en avoir donné !

Lorsque la frustration est trop forte, cela peut parfois
déclencher des comportements physiques involontaires et non-maîtrisés de
l’animal : destruction du mobilier, auto-mutilation, mictions. Le corps réagit
pour permettre à cette émotion de se décharger.
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L’excitation, l’énervement
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Ces deux émotions sont bien souvent liées au ressenti
physique de l’animal. Lorsqu’on embête un animal au moment de ses activités
naturelles, cela peut provoquer un chez lui un énervement, dans le sens « agacement » :
on le chatouille quand il dort, on touche sa gamelle, on le caresse alors qu’il
ne le veut pas.
Il peut par aussi être « énervé » dans le sens « excitation»
parce qu’il n’a pas eu d’activité de la journée et qu’il a besoin de dépenser
cette énergie inutilisée.
Lorsque l’excitation devient trop forte, elle peut
déclencher, comme la frustration, des réactions physiques incontrôlables. C’est
souvent des petits pipis !
Point épineux qu’est la jalousie ! Il est difficile
d’admettre que notre animal puisse ne pas ressentir de jalousie envers un autre
congénère ou un autre individu.
Parfois cela y ressemble tellement…mais à y bien regarder,
on constate bien souvent qu’il s’agit d’autres émotions, et non de jalousie.
Un couple vient par exemple d’avoir un enfant, et le chat
de la famille s’en trouve très affecté : il mange moins, joue peu, semble
« triste » et aurait tendance à agresser le bébé. La première chose que l’on
peut penser est donc : « il doit être jaloux du bébé parce qu’on ne s’occupe
plus de lui comme avant ». Il est indéniable que le chat peut ressentir de la
frustration ou un mal-être de ne plus être aussi proche de son propriétaire
favori (souvent la femme), mais ça n’est pas pour autant qu’il jalouse l’enfant.
S’il agresse le bébé, cela peut être surtout parce qu’il en a peur ou
qu’il se sent anxieux de sa présence. Alors il se peut aussi qu’il
décharge son émotion en urinant sur un objet du bébé : ainsi, il dépose une
odeur à lui sur un objet imprégné d'une odeur inquiétante, celle de l’enfant. Le
bébé peut aussi l’agacer et l’exciter dans le mauvais sens du
terme (cris trop perçants, se faire tirer les poils, être dérangé pendant le
sommeil), ce qui à long terme peut déboucher sur de l’anxiété.
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La nécessité de
comprendre |
Il est parfois très frustrant et agaçant de ne pas
comprendre ce qui se passe dans la tête de notre animal. Voilà pourquoi bien
souvent on se contente de leur prêter nos propres émotions. Cependant ça n’est
pas sans conséquences sur la relation que nous avons avec eux.
En effet, si je considère que mon animal se venge ou « fait
exprès » telle ou telle chose, alors doit aussi comprendre pourquoi je me mets
en colère et pourquoi je le punis. En réalité, ce n’est pas toujours le cas.
Alors s’il recommence à faire ce qui est interdit, je vais finir par croire que
mon animal ne n’aime pas…

L’anthropomorphisme est parfois l’une des seules causes de
perturbations des relations entre l’homme et son animal. Le rôle d’un
comportementaliste est d’ailleurs avant tout d’aider les propriétaires à
comprendre les émotions et intentions de l’animal pour éviter les quiproquos.
Car le perdant est en général l’animal. Il ne fait pas ce que l’on attend de lui
parce que nous avons surestimé ses capacités et mal interprété ses émotions…et
les problèmes de communication s’enchaînent.
Pour conclure, sachons que la science n’arrête pas de faire
des découvertes, et bientôt peut-être découvrirons-nous de nouvelles capacités
émotionnelles à nos chers amis et qu’enfin nous pourrons parler d’Amour chez
l’animal !