Comment le chat communique t-il ?
Par Florence
Cailliot-d'Ivernois, comportementaliste
Le chat possède des outils de communication très variés :
postures, odeurs, regards, vocalises. Grâce à sa capacité d’adaptation
particulièrement affûtée, il arrive sans trop de difficultés à se faire
comprendre de ses congénères, et surtout de nous, ce qui est assez étonnant.
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La communication
olfactive et tactile |
Le sens qui est le plus utilisé chez le chat est l’odorat.
En conséquence, il n’hésite pas à se servir des odeurs pour communiquer.
Plusieurs endroits de son corps sont spécifiquement dédiés
à la sécrétions de phéromones. La base de la queue, les commissures des
lèvres, les tempes, les flancs sont parsemés de glandes sécrétrices de molécules
odorantes. C’est sans parler des coussinets sous les pattes. Cela explique
d’ailleurs pourquoi certains chats semblent gratter la terre ou la litière sur
des surfaces lisses : en fait, ils déposent des phéromones. C’est aussi pour
cela que le chat aime se faire les griffes : c’est une occasion d’y déposer sa
carte d’identité phéromonale.
Les excréments du chat (les fèces et surtout l’urine) sont
gavés de phéromones. Voilà pourquoi le chat non castré passe sa journée à
déposer des jets d’urine sur des supports verticaux tout le long de son
territoire. Il dépose ainsi son odeur à hauteur du nez de ses congénères, pour
qu’ils puissent rapidement savoir chez qui ils entrent…

Les phéromones sont de formidables outils de communication,
car elles durent dans le temps et permettent d’indiquer entre autre « qui je
suis », « depuis quand je suis passé par là » et « quelle est mon humeur ». En
effet, le chat ne sécrète pas les mêmes odeurs selon qu’il est effrayé ou qu’il
heureux. D’ailleurs, point n’est besoin de voir une belle chatte en chaleur pour
savoir qu’elle rôde. L’odeur qu’elle dégage suffit à informer les différents
matous de sa présence.
Puisque le chat vit avant tout dans un monde d’odeur, il se
frotte sans cesse aux différents objets et supports qui l’environnent. On
pourrait presque croire qu’il se frotte à nous comme il le ferait avec le pied
de table. Mais ce n’est pas exactement le cas. C’est une manière de rendre
familiers ce qui l’entoure, mais c’est aussi une communication tactile. Il ne
sait peut être pas qu’on ne sent rien aux odeurs qu’il dépose sur nos jambes ou
notre visage, mais il le fait parce qu’on le ressent physiquement. Entre chats,
cela permet de lier les amitiés, de mélanger les odeurs et de se toucher pour
resserrer les liens. Mais cet échange ne se fait qu’entre amis. Pas question de
se frotter contre un ennemi !
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La communication
visuelle |
Le chat se sert aussi beaucoup de sa vision pour
communiquer. Voilà pourquoi il possède toute une panoplie de postures et de
regards qui lui permettent de signaler à ses congénères son état d’esprit. Vous
avez sûrement déjà vu votre chat gonfler ses poils, marcher « en crabe » (c’est
à dire se déplacer de côté), la queue comme celle d’un renard. Le but d’une
telle posture est de paraître plus gros que de nature. Cela sert à bluffer les
ennemis (autres animaux par exemple) et à les décourager de s’approcher. Deux
chats ennemis déploient des efforts phénoménaux pour se grandir et se gonfler,
et c’est à celui qui sera le plus impressionnant…et si ça ne marche pas, il
faudra bien se battre.

Les griffades sont aussi un moyen pour le chat de signaler
sa présence : voilà pourquoi il ne se prive jamais de se faire les griffes sur
des supports très visibles dans une pièce, généralement le coin de canapé ou
d’un fauteuil, un mur d’entrée. D’où l’intérêt de mettre un griffoir dans un
lieu qui soit à la vue de tous.
La queue est un outil essentiel dans la communication
visuelle entre chat, mais aussi avec nous humains. On sait bien que lorsque
minou commence à battre de la queue, mieux vaut ne pas l’embêter plus longtemps.
Les différentes positions de la queue donnent des indications aux congénères de
l’humeur du chat : l’amitié, la peur, la curiosité, la menace, le jeu,
l’énervement, les chaleurs, etc.
Mais les oreilles viennent ajouter du sens au message que
le chat souhaite faire passer : toutes droites, pliées en arrière ou aplaties
sur la tête...elles sont très mobiles et ce n’est pas que pour entendre ce qui
se passe aux alentours. Le chat s’en sert aussi pour communiquer.
Les yeux, par la fermeture des paupières et la dilatation
des pupilles, jouent un rôle essentiel dans la communication entre chats. Un
observateur averti ne se rendra pas toujours compte qu’un message est passé
entre deux chats parce que tout s’est joué sur un regard. Mais on voit bien
qu’un chat ne nous regarde pas toujours avec les mêmes yeux, et c’est ce qui le
rend presque parfois humain : cela lui donne des expressions du visage très
différentes.
Enfin, le meilleur moyen qu’a le chat de communiquer avec
nous reste de loin les vocalises. Les plus récentes études scientifiques
comptabilisent 11 signaux vocaux différents émis par le chat (le ronronnement,
la trille, le miaulement, le miaulement long de la femelle en chaleur, le
miaulement du mâle en rut, le grognement, le hurlement d’agression, le
grondement de menace, le sifflement, le crachat, le cri déchirant de douleur).

C’est à partir de ce répertoire initial que le chat va
apprendre à faire varier ces vocalises pour exprimer des choses de plus en plus
subtiles. De fait, le chat parvient magnifiquement à nous signaler qu’il a faim
ou qu’il veut des câlins ou encore qu’il ne veut plus de nos caresses. Une sorte
de vocabulaire se crée d’ailleurs entre chaque chat et son ou ses maîtres. Ce
« langage » est propre à chaque famille, et les nuances dans les sons ont été
acquises mutuellement au fur et à mesure des demandes ou humeur du chat et la
réponse donnée par son ou ses propriétaires. Entre d’autres termes, oubliez les
dictionnaires « chat/humains », ils ne peuvent rendre compte de chaque langage
établi entre un chat et un humain, il en existe autant que de famille où il y a
des chats !
Le chaton s’exprime d’une certaine façon vis à vis de sa
mère et tous deux utilisent des ultrasons pour se retrouver. Cela explique que
certains chats semblent miauler sans émettre de sons : en fait, nous ne les
entendons pas, tout simplement. Il est probable que, puisque l’humain est une
espèce qui communique essentiellement avec des sons, le chat se soit adapté à
nous en se servant beaucoup plus de ses vocalises avec nous qu’avec ses
congénères (en effet, les chats entre eux miaulent rarement ou seulement dans
des contextes précis). De plus, il se servirait de son vocabulaire initial
auquel il ajouterai celui qu’il utilisait étant chaton : le tout semble
fonctionner à merveille, puisque nous comprenons globalement bien ce que notre
chat veut ou ne veut pas.
Pour conclure, voici une citation que je vous laisse
méditer : « Les chats sont des animaux domestiques qui ont appris sur quel
levier appuyer et quels sons émettre pour diriger nos émotions. Et puisque nous
y répondons, nous sommes nous aussi des animaux domestiqués… » N. Nicastro
(Scientifique spécialiste du chat, 2002)