Les
comportements amoureux chez les chats
Par Florence
Cailliot-d'Ivernois, comportementaliste
C’est le printemps, la saison des amours, et nos chats
adoptent un comportement bien inhabituel. Ils se frottent à nous plus, se
roulent à terre, et miaulent à tue tête tant qu’on a pas daigné leur ouvrir les
portes leur donnant accès à l’extérieur.
Saison de renouveau, c’est aussi la saison de tous les
risques pour les chats : le taux de mortalité y est particulièrement élevé,
surtout chez les mâles. En effet, l’appel de la femelle est si tentant que notre
matou - pourtant prudent- est bien moins vigilant aux dangers qui l’entourent.
Hypnotisé par les phéromones de la belle, il peut traverser une rue sans
regarder et oser pénétrer le territoire interdit du gros matou du coin.
En fait, il y a bien souvent deux saisons des amours pour
les chats domestiques (le chat sauvage n’en comptant qu’une) : une au printemps,
avec la naissance de petits en mai, et une autre en août avec l’apparition des
petits en septembre. Mais il peut aussi arriver que certaines femelles soient
aussi en chaleurs en hiver, grâce aux conditions de confort que l’humain leur
procure : sécurité, chaleur, nourriture. De quoi élever des chatons en toute
quiétude et donc possibilité de se reproduire, même par temps froids.
Il est très fréquent de voir son
chat ou sa chatte disparaître pendant plusieurs jours durant cette période, qui
peut s’étaler sur minimum quatre jours. C’est le temps nécessaire à la femelle
d’ovuler et d’être correctement fécondée.

Elle part donc aux alentours et appelle les mâles par des
cris très spécifiques, longs et plaintifs. Il n’en faut pas beaucoup plus pour
que les mâles rappliquent fissa, d’autant qu’elle dégage une odeur
particulièrement envoûtante : les phéromones sexuelle dont aucun chat entier ne
peut résister.
Tous les matous se retrouvent autour de la belle (qui prend
des poses de plus en plus excitantes) et vont se battre pour avoir ses faveurs.
Les bagarres sont impitoyables et il n’est pas rare que des chats se retrouvent
borgnes ou avec des oreilles déchiquetées après de telles rencontres.
Curieusement, c’est la femelle qui choisi son partenaire.
Ce qui est encore plus étrange, c’est comment s’opère son choix. Ce n’est en
effet pas forcément le plus gros ou le plus beau chat qui sera choisi pour la
féconder en premier. Face à un magnifique Persan bien bâti, madame préfèrera
plutôt le chat efflanqué, gringalet avec les poils en bataille…
De toute façon, tous les mâles auront la possibilité de se
reproduire avec la femelle. Celle-ci a plusieurs ovules à féconder, elle doit
donc multiplier ses chances d’y parvenir et elle doit pouvoir accueillir une
multitude de patrimoines génétiques différents. Voilà pourquoi dans une portée
de chatons qui est le fruit d’une reproduction non contrôlée, tous ont une tête
un peu différente. Il y en aura un blanc, un noir, un à poil long, l’autre à
poils ras etc… c’est qu’il ont des pères différents !
C’est le premier mâle qui monte la chatte qui déclenche son
ovulation. A l’inverse des humaines, la chatte n’ovule pas tous les mois mais
uniquement après le premier coït de la saison des chaleurs. Le mâle attrape la
dame par le cou durant le rapport, pour éviter de se faire griffer et mordre,
car celle-ci ne se laisse pas approcher si facilement malgré ses envies…Son
pénis étant recouvert d’épines pointues, lorsqu’il se retire la femelle miaule
violemment, sans doute de douleur. Mais c’est manifestement cette douleur qui
provoque l’ovulation.

Lorsque la femelle ne ressent plus de « désir », et que
tous les mâles sont comblés, chacun rentre chez soi, (en plus ou moins bon
état), et la suite des événements se fera sentir quelques semaines plus tard, à
la naissance des chatons. Les chaleurs peuvent reprendre deux à trois semaines
seulement après la mise bas, il faut donc rester vigilant si l'on ne veut pas se
retrouver surchargé de chatons !