Pourquoi le chat se fait-il les griffes ?
Par Florence
Cailliot-d'Ivernois, comportementaliste
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Un geste de
confort et de sécurité |
Se faire les griffes est
bien sûr un geste de confort pour le chat. Cela lui permet entre
autre de faire partir les griffes mortes qui laisseront places aux
nouvelles, mieux aiguisées et plus performantes. C’est également un
mouvement de détente : le chat s’allonge de tout son long, étirant
sa colonne vertébrale. De plus, il détend les muscles qui lui
permettent la rétraction des griffes. Les félins sont les seuls
mammifères à pouvoir entrer et sortir à volonté leurs griffes, de
sorte qu’il ne sont pas gênés par leur présence quand ils marchent.
C’est un avantage non négligeable quand on veut chasser et rester
discret. Le chien, par exemple, ne peut le faire, et lorsqu’il
marche sur du carrelage, il ne passe pas inaperçu !
Se faire les griffes est
vital pour un chat, surtout s’il a accès à l’extérieur. Face à une
mâchoire de chien ou de renard, le chat n’a guère que ses griffes
pour se défendre. C’est son arme la plus efficace. Même s’il peut
infliger de sérieuses morsures à ses adversaires, le chat se sert
surtout de ses griffes pour se défendre, pour grimper et se mettre
en hauteur, mais également pour attaquer, chasser et attraper des
proies.
Voilà pourquoi
l’opération qui consiste à pratiquer l’ablation des griffes est si
peu recommandée. Très répandue aux Etats-Unis et au Canada, cette
pratique n’a d’intérêt que pour les maîtres qui ne veulent pas voir
leur intérieur abîmé par les griffures de leur minou. C’est donc
très discutable, surtout si le chat vit à l’extérieur : il n’a lors
plus aucun moyen de se défendre efficacement, ni d’assouvir ses
activités instinctives de chasse et de communication.

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Un marquage
olfactif et visuel |
En se faisant les
griffes, le chat laisse des traces olfactives, car il a, entre les
coussinets, des glandes émettrices de phéromones, qui lui permettent
de signaler son passage au nez des autres chats. C’est donc un
outils de communication olfactive.
Mais les griffades
servent avant toute chose chez le chat de marquage visuel. C’est
entre autre pour cela que c’est si dérangeant : cela laisse des
traces particulièrement inesthétiques et il est bien difficile de
rester stoïque face à un canapé neuf lacéré de toutes parts ! Mais
on a beau avoir domestiqué le chat, on ne peut cependant pas
l’empêcher d’être ce qu’il est et d’assouvir certains de ces
instincts, en l’occurrence celui de marquer son territoire. En
déchirant le papier peint, l’accoudoir du fauteuil, le coin du
canapé, notre minou fait valoir qu’il habite ici et que c’est son
territoire. D’ailleurs lorsque plusieurs chats vivent ensemble et ne
s’entendent pas très bien, ils ont tendance à se faire beaucoup plus
les griffes, pour affirmer le plus souvent possible leur statut et
leur territoire.
Le choix du support
n’est jamais le fruit du hasard. Le chat cherchera à se faire les
griffes à un endroit immédiatement visible par les habitants de la
maison, que ce soit les autres chats ou les humains. On retrouvera
donc les œuvres de notre cher minou sur des supports situés dans les
passages (dans l’entrée par exemple), mais aussi à côté des portes
de passage fréquent, ou bien sur des meubles placés au centre des
pièces principales. Généralement, le chat choisi un lieu de sorte
que l’on puisse admirer son art dès qu’on entre dans la maison ou
dans la pièce.
Voilà pourquoi il est
recommandé de placer les griffoirs artificiels dans des lieux bien
visibles, même si ce n’est pas très beau…Sinon, il risque de le
délaisser pour un support mieux mis en valeur dans la pièce.
Mais se faire les
griffes, c’est aussi « prendre une posture » pour affirmer sa force
et sa stature. Cette position permet au chat de se montrer dans
toute sa longueur aux autres chats (ou même parfois aux humains). Un
chat ne se fait pas les griffes de la même façon selon qu’il a un
public ou qu’il est tout seul. S’il est en présence d’autres chats
(inconnus surtout) ou s’il est contrarié par quelque chose, il peut
se mettre à se faire les griffes avec beaucoup plus de vigueur qu’il
ne le ferai d’ordinaire. Le but étant de se grandir au maximum et de
paraître costaud. Les dégâts occasionnés sont d’autant plus visibles
que le chat cherche à faire le plus de marques possible et surtout à
montrer combien ses pattes et ses griffes sont puissantes. Ils les
enfonce donc autant qu’il le peut dans le support.
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C'est aussi pour
se faire entendre !!! |
En cette occasion, il fait
d’ailleurs plus de bruit également : le but est d’impressionner un maximum. Il
fera donc en sorte que cela ne passe pas inaperçu. Sur un tronc d’arbre
évidemment, cela fait encore plus de bruit, mais sur un accoudoir de canapé,
cela résonne aussi pas mal non plus, et ce n’est pas un hasard. Les observateurs
avertis remarquerons que le chat ne manque pas de jeter un œil aux alentours
pour voir si son public est réceptif.
Parfois, se faire les griffes est
uniquement un moyen que le chat adopte pour attirer l’attention de ses maîtres
par le bruit que cela occasionne. Il ne s’agit plus d’un marquage, mais bien
d’un appel. Généralement, il se met à griffer divers supports lisses mais
bruyant : les portes de la chambre, les pieds de tables, les tiroirs de meubles.
(Mais le même phénomène se produit aussi avec le papier peint en plein jour). Le
but n’est pas d’esquinter le support mais bien de se faire entendre et de – si
possible – réveiller les propriétaires endormis pour obtenir au choix : de la
nourriture, l’ouverture d’une porte, de l’attention, de l’activité, du jeu, des
caresses etc. Cela se produit généralement la nuit ou au petit matin (entre 4
heures et 7 heures du matin). Le chat vient de se réveiller et ne trouve rien de
mieux à faire pour assouvir ses désirs.

Et bien souvent, il obtient gain de
cause, car rares sont les maître capables de rester de marbre fasse à un tel
tapage. Que l’on s’énerve contre le chat, qu’on le punisse ou qu’on lui donne ce
qu’il demande, la moindre de nos réactions lui fait de toute façon comprendre
que cela marche : il obtient dans tous les cas une réponse, qu’elle soit
positive ou négative, et cela le renforce dans l’idée que c’est un moyen
efficace d’attirer notre attention. Voilà pourquoi fasse à un tel comportement,
surtout s’il devient vraiment problématique, il faut tenir bon et ne jamais
répondre à cet appel : pas un mot, pas un geste, pas un regard ne doivent être
adressé au chat, (et surtout pas de temps en temps, ce serait pire !), et ce
pendant au moins deux semaines pour faire perdre au chat de cette mauvaise
habitude. Cependant, il faut savoir qu’un chat qui ressent un mal-être, et
surtout qui manque d’activité en journée aura tendance a adopter ce
comportement. Il faut donc sérieusement penser à lui offrir une compensation en
journée pour pallier à ce malaise si l’on veut obtenir de bon résultats (un
autre compagnon de jeu, plus d’activités par le jeu et moins de caresses, plus
de sorties).
Souvent le chat a
plusieurs endroits pour se faire les griffes : au moins un qui
est bien visible et qui lui sert à communiquer et marquer son
territoire, et un autre, moins visible, plutôt utilisé pour la
détente.
Si l’on n’offre aucun support au
chat pour qu’il puisse s’y faire les griffes, on aura rapidement la mauvaise
surprise de le voir assouvir ce besoin sur des endroits que l’on voudrait garder
impeccable. Autant prévoir le coup et offrir au chat un bon griffoir,
correctement placé et agréable d’utilisation.
Pour être idéal, ce griffoir doit
répondre aux besoins du chat : la matière dont il est fait doit être efficace
pour retirer les griffes mortes. Le griffoir doit être placé de manière
stratégique pour être facilement visible, assez grand pour que le chat puisse
s’étendre sur toute sa longueur (ce peut être un paillasson).
Le support doit être suffisamment
stable pour que le chat puisse y mettre toute sa force sans que cela ne bascule
ou ne tombe (C’est souvent le cas malheureusement des arbres à chat de faible
hauteur, qui n’ont aucun stabilité). Dans le cas contraire, il perdrait
rapidement de son attrait pour le chat et donc de son utilité.
Un tronçon d’arbre pour cela est
idéal : c’est assez lourd pour rester immobile et c’est un support naturel dont
l’odeur est agréable pour le chat.