L'homme
et le climat : quel temps ferons-nous ?
Par Mathieu Labonne
Climatologue au CNRS
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L'effet de serre :
c'est quoi au juste ? |
Ce sont les propriétés uniques
de l’atmosphère, cette belle couche relativement mince qui
entoure notre Planète, qui ont permis à la Vie de se développer.
Sa dynamique unique résulte avant tout de son bilan radiatif,
c’est-à-dire de l’énergie solaire qui lui arrive et de l’énergie
qui en repart, ce bilan étant lui-même dépendant de la
composition chimique de l’atmosphère.
L’effet de serre exprime un confinement de l’énergie de l’atmosphère
près du sol (de l’ordre de 10kms) dû à l’absorption de cette énergie
par certains gaz qui la composent : les gaz à effet de serre. Ainsi
le climat est très dépendant de la composition chimique de
l’atmosphère.
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Nous consommons
chacun l'énergie de 100 esclaves ! |
L’effet de
serre n’est en soi pas « mauvais » bien sûr. Il existe un effet
de serre naturel qui permet à la Terre d’avoir une température
moyenne vivable, autour de 15°C au lieu de -18°C sans ce
phénomène. Le réchauffement climatique résulte non pas de
l’existence de l’effet de serre mais de son augmentation
considérable due aux émissions des sociétés modernes. En effet
ce qui a changé avant tout d’un point de vue de la Nature c’est
la boulimie énergétique de l’espèce humaine. Les contemporains
de Napoléon ne consommaient pas beaucoup plus d’énergie que ceux
de Jules César. Alors qu’aujourd’hui nous consommons chacun plus
d’énergie que Louis XIV lui-même ! Un Français « moyen » a à
sa disposition quotidienne l’équivalent énergétique de 100
esclaves, c’est-à-dire que chacun consomme l’énergie que
produiraient, pour faire simple, 100 esclaves qui passeraient
leur journée à pédaler ! Cet esclave des temps modernes
c’est la Nature ! C’est dire si parler de « vie chère », de
« couches modestes » de la population en France… est somme toute
bien relatif...
Aujourd’hui ce
système « esclavagiste » montre ses limites. D’un point de vue
mathématique déjà car une croissance illimitée suppose des
ressources illimitées, ce qui bien entendu n’est pas le cas. Mais
aussi d’un point de vue de la capacité d’assurer un futur à la
Planète. Le climat commence à changer vers quelque chose de peu
réjouissant que l’Homme et la Nature n’ont jamais connu. On sait
déjà que plus de 80% des espèces disparaîtraient d’ici à 2150 si on
n’agit pas sérieusement dans les 30 ans à venir. Car tous ces
phénomènes sont irréversibles à une échelle de temps humaine…

A
Chamonix, le glacier est maintenant précédé de deux
lacs, apparus en 1997-1998 et il aura bientôt disparu si
nous n’agissons pas.
Les
centaines de kilos de gaz à effet de serre que rejette chaque
Occidental dans l’atmosphère (dire que c’est la faute des
Chinois est très irresponsable !) s’accumulent et resteront
pendant bien longtemps. Par exemple chaque gramme de CO2 émit
aujourd’hui continuera d’influencer le climat pendant au moins
100 ans !
Tout cela
pose sérieusement la question de l’éthique : un petit nombre
d’individus (au premier ordre les Occidentaux, donc
nous) hypothèquent l’avenir de leurs enfants, de la Nature et
même plus généralement du Monde entier !
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Les climatologues ont dû changer leurs
classifications ! |
Les
climatologues ont dû bouleverser la classification des grandes
ères climatiques pour faire commencer une nouvelle ère : l’Anthropocène,
qui vient d’ « anthropos » : homme. En effet depuis que l’homme
a mis en place son économie capitaliste et énergétivore, le
climat est de plus en plus piloté par le mode de vie des hommes
et change à une vitesse extrêmement plus grande que celle des
changements naturels. Tout l’ordre de grandeur est là : le
climat va beaucoup changer, mais non pas en millions d’années,
mais en un siècle. Alors quel climat décidons-nous de faire !

La courbe rouge-bleue représente la température
moyenne sur Terre. Les températures basses indiquent les
derniers âges glaciaires, il « suffit » donc de 5 degrés en
moins pour passer de notre climat à une ère glaciaire où la
France était en partie couverte de banquises et habitée par
des mammouths. Les scénarios où l’on continue sur la même
voie économique prévoient 5 degrés de plus en 2100,
un climat sans précédent dans l’Histoire...
La courbe verte représente la teneur en CO2 dans
l’atmosphère et montre que depuis peu de temps (tout à
gauche), on assiste à une augmentation considérable.
Sur se schéma simple, on voit effectivement que les
variations de température et de teneur en CO2 sont très
corrélées sur les 200 000 dernières années !
Mais
derrière ce constat et de même que l’ignorance n’est pas une
politique d’assurance, le fatalisme ne sert à rien. Nous avons
encore quelques petites années pour réaliser l’absurdité d’un
mode de vie où une carcasse métallique d’une tonne sert à
déplacer un homme de 70kgs, un mode de vie qui a le plus mauvais
rendement agricole qui n’ait jamais existé puisque 10 calories
énergétiques sont nécessaires pour produire une calorie
alimentaire (à cause des engrais, pesticides, machineries,
transports…), un mode de vie où il fait souvent plus chaud chez
nous en hiver avec le chauffage qu’en été avec la climatisation.
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Il nous faut
"ré-enchanter" notre regard sur la nature |
Les raisons
de ces absurdités qui paraissent évidentes à celui qui regardent
ce système de l’«extérieur» sont nombreuses mais une des plus
importantes est le « désenchantement du Monde » (dixit le grand
sociologue Max Weber), la perte de la relation de l’homme à sa
Terre-Mère. Ce qui apparaît comme la cause de cette maladie
planétaire dont les symptômes (injustices, paupérisation
massive, saccage de la Nature…) sont multiples c’est la perte de
cette relation essentielle.
Il nous faut "ré-enchanter"
notre regard sur la nature. Alors, par
exemple, la goutte d’eau reprendrait naturellement sa valeur
« sacrée » et cesserait d’être noyée dans une facture en mètres
cube. Avec ce ré-enchantement, nous expérimenterons la « sobriété
heureuse » dont parlent les « ascètes » écologiques des temps
modernes qui se rendent bien compte que le respect de la Nature est
une source de joie, une réconciliation dans le vécu.
Consommer c’est
détruire. Alors limitons-la à nos réels besoins. Quelques gestes
pourraient assurer un avenir à la Planète et nous permettre de
renouer une relation harmonieuse avec notre environnement. Ainsi
l’écologie ne sera plus vue comme une somme de contraintes, elle
deviendra ce qu’elle est vraiment : une réconciliation, un retour
aux évidences de la Nature, une source de joie. Ainsi l’écologie
deviendra un des humanismes du siècle à venir !
Pour en savoir plus sur le changement climatique :
http://climatdemain.ipsl.jussieu.fr/index.html
: un site avec des posters explicatifs des changements
climatiques
http://www.manicore.com :
site de Jean-Marc Jancovici, spécialiste des changements
climatiques et des problèmes énergétiques.
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ARTICLE
PROPOSÉ PAR |
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Mathieu
Labonne
Climatologue au CNRS
Laboratoire des sciences du climat
et de l’environnement
Pour le contacter:
labonne.mathieu@laposte.net |
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