La
Relation
Une voie de la vigilance à travers les images
Le mode
de relation virtuelle entretenu par les médias (télé,
internet,...) fabrique un réel en état second : nous
voyons l'autre comme objet de consommation ou
d'expérience. La réalité de la relation à l'autre est
pourtant tout autre, nous le pressentons bien ! Le «
besoin » profond de relation, devenue si problématique
dans nos sociétés « libres » et complexes, nous appelle
à aller plus loin, ou à être plus vrai...
Que
connaissons-nous de l'autre ? Peut-on rencontrer l'autre
sans se rencontrer soi-même ? La relation à l'autre, les
autres, le monde, passe-t-elle par la connaissance de
soi ?
Les
psychologies et techniques relationnelles qui conduisent
à la négociation des conflits humains permettent
(incontestablement !) d'instaurer quelque équilibre
relatif entre conjoints, compagnons, relations, parents
et partenaires, mais cachent peut-être l'essentiel : Qui
suis-je en situation conflictuelle ? Qui es-tu ? Qui
sommes-nous ? Comment voir le conflit - symptôme
d'aveuglement - comme source d'Éveil ?
En apprenant
à découvrir la multitude des images qui nous entourent,
nous habitent et nous hantent. Car l'image n'est pas l'«
autre » ; elle le voile, le fuit, l'égare et nous perd.
Mais au lieu de dresser un tableau des images et de leur
lecture auto-conditionnée, il convient, avant tout, de
découvrir la nature véritable de l'image, sa substance
psychique qui, par habitude, se nourrit de notre âme
endormie.
Je ferme les
yeux, là, maintenant. La pièce dans laquelle je me
trouve m'est encore familière. Il semble que je la vois
ou la ressens, car je sais où je suis (... quand même
!). Ces « sensations » du lieu connu sont plus
exactement des « images ». Poursuivons l'exploration.
Les yeux clos, la présence de « mes » proches ou de «
mes » voisins peut à tout instant se reconstituer en mon
for intérieur sous des formes plus ou moins floues
chargées d'affects (de la sympathie ou de l'antipathie
du moment). Ces « sensations » de présences extérieures
à moi constituent l'illusion première des « images » à
travers lesquelles je perçois le monde présent, lorsque,
les yeux ouverts, je crois que je vois. Certes, « je »
vois, et nous voyons tous ainsi sur le mode de
l'intersubjectivité ; mais cette vision de surface qui
s'exerce par l'extension inconsciente de toutes mes
énergies renvoyées sur moi (ou retournées en moi) par
mirages interposés, nous contraint à d'illusoires
souffrances.
Le chercheur
spirituel pensera alors qu'un juste travail sur soi
consiste à éliminer ces images qui lui pèsent ou
l'encombrent. Dans la substance psychique du cinéma
intérieur, « moi encombré » ou « moi devenu lourd »
n'est qu'une image ou un concept de moi qui s'est fait
centre. L'illusion perdure ! Il est donc vain de tenter
l'amputation de cette dimension subjective dont nous
pouvons, au contraire, devenir plus conscient. La
découverte du profond silence qui règne au-delà de toute
substance intérieure ou extérieure n'est pas opposée aux
bruits de l'intersubjectivité humaine. C'est la Relation
pure qu'aucun concept de vide, d'espace, de
transcendance, etc., ne peut décrire, et vers laquelle
aucune démarche intentionnelle d'élimination ne peut
conduire.
Apprenons à
voir ! La vision pénétrante, éveillée sur les ailes de
la vigilance, naît au coeur de la Relation vraie.